Planter & soigner

Protéger son verger sans pesticides : carpocapse, pucerons et auxiliaires

Planter & soigner · · Publié le 2026-10-24

Plaque engluée d'un piège à phéromones couverte de papillons de carpocapse, posée sur l'herbe
Plaque d'un piège à phéromones pour le carpocapse. Photo : Slaunger, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Des pommes véreuses, des feuilles recroquevillées par les pucerons, des cerises dévorées par les oiseaux : chaque saison apporte son lot de visiteurs au verger. Depuis 2019, les jardiniers amateurs n'ont plus accès aux pesticides chimiques de synthèse. Ce n'est pas un handicap insurmontable : un verger diversifié, bien conçu et suivi de près se défend en grande partie seul.

Ce que dit la loi

La loi Labbé, adoptée en 2014 et renforcée en 2015, a interdit progressivement l'usage des produits phytosanitaires chimiques de synthèse en dehors de l'agriculture. Pour les collectivités, l'interdiction s'applique depuis 2017 dans la plupart des espaces publics. Pour les particuliers, la vente, la détention et l'utilisation de ces produits sont interdites depuis le 1er janvier 2019.

Restent autorisés au jardin les produits de biocontrôle, les produits qualifiés à faible risque et ceux dont l'usage est autorisé en agriculture biologique. Ils portent la mention « emploi autorisé dans les jardins » et doivent être utilisés en respectant l'étiquette. Les produits non utilisés interdits doivent être rapportés en déchetterie, pas jetés à la poubelle ni dans l'évier.

Le carpocapse, ou ver de la pomme

Le « ver » que l'on trouve dans les pommes et les poires est la chenille d'un petit papillon de nuit, le carpocapse (Cydia pomonella). Les papillons volent à partir de la fin du printemps ; les femelles pondent sur les feuilles et les jeunes fruits ; la chenille pénètre dans le fruit, creuse une galerie jusqu'aux pépins, puis en ressort pour se nymphoser sous les écorces ou au sol. Selon la chaleur de l'été, une ou deux générations se succèdent.

Les pucerons

Au printemps, les pucerons cendrés ou verts colonisent les jeunes pousses et font s'enrouler les feuilles. Les dégâts sont spectaculaires mais rarement graves sur un arbre adulte. Les fourmis, qui « élèvent » les pucerons pour leur miellat, les protègent de leurs prédateurs : une bande engluée posée sur le tronc les empêche de monter.

Le meilleur allié reste la patience. Quelques semaines après l'apparition des colonies arrivent les coccinelles, les larves de syrphes et de chrysopes, et de petites guêpes parasitoïdes qui pondent dans les pucerons. Un traitement, même autorisé, détruit souvent ces auxiliaires en même temps que les pucerons.

Accueillir les auxiliaires

Un verger riche en biodiversité se régule mieux. Plusieurs aménagements simples y contribuent :

Haies diversifiées
Des essences locales (aubépine, noisetier, cornouiller, prunellier, viorne…) qui fleurissent et fructifient à des moments différents nourrissent insectes et oiseaux toute l'année.
Bandes fleuries
Une prairie fauchée tard, ou des bandes non tondues, offrent nectar et pollen aux syrphes, aux chrysopes et aux pollinisateurs sauvages.
Nichoirs
Les mésanges consomment de nombreuses chenilles au printemps pour nourrir leurs jeunes. Des nichoirs adaptés les attirent au verger.
Abris
Tas de pierres ou de bois, vieux arbres creux, murets : refuges pour les hérissons, les carabes, les chauves-souris et la chouette chevêche.

Les vieux pré-vergers haute-tige, avec leur prairie et leurs arbres creux, sont l'exemple même de ce fonctionnement.

Les oiseaux et les autres visiteurs

Les merles, étourneaux et geais apprécient les cerises et les fruits mûrs. Les filets posés sur les petits arbres, juste avant la maturité, restent la protection la plus efficace ; ils doivent être bien tendus et retirés après la récolte pour ne pas piéger les oiseaux. Les effaroucheurs perdent vite leur effet. Il faut aussi accepter de partager : ces oiseaux consomment le reste de l'année de nombreux insectes.

Les campagnols peuvent ronger les racines des jeunes arbres, et les chevreuils frotter leurs bois sur les troncs : des protections grillagées au pied et autour du tronc évitent ces dégâts lors de la plantation.

Le bon réflexe

Avant d'intervenir, observez : quel est le ravageur, quelle est l'ampleur réelle des dégâts, des auxiliaires sont-ils déjà présents ? Beaucoup de problèmes se règlent d'eux-mêmes en quelques semaines. Et les maladies dues aux champignons, comme la tavelure, se préviennent par d'autres moyens, détaillés dans notre article sur les maladies du pommier.

Variétés et diversité : la meilleure prévention

Un verger composé de plusieurs espèces et variétés, d'âges différents, entouré de haies et de prairie, est beaucoup moins vulnérable qu'une rangée d'arbres identiques. Les variétés rustiques, adaptées au climat local, résistent mieux aux maladies et aux aléas. C'est l'un des enseignements que les vergers anciens transmettent aux jardiniers d'aujourd'hui.

Le calendrier du jardinier attentif

La protection du verger suit les saisons. En hiver, on nettoie : fruits momifiés, rameaux malades, bandes-pièges de l'année précédente. Au printemps, on observe les premières colonies de pucerons et l'arrivée des auxiliaires, sans intervenir trop vite. À la fin du printemps, on pose les pièges de surveillance du carpocapse et les bandes de carton. En été, on éclaircit les fruits, on ramasse ceux qui tombent, on protège les cerises des oiseaux. À l'automne, on ramasse les feuilles mortes tavelées et l'on prépare les nichoirs pour la saison suivante.

Sources