Vivre dans la Marne

Brie champenoise et marais de Saint-Gond : lire les paysages du Sud-Ouest marnais

Vivre dans la Marne · · Publié le 2026-10-25

Autochrome ancien d'une étendue marécageuse, avec des touffes d'herbes et de l'eau libre sous un ciel pâle
Les marais de Saint-Gond, autochrome de Léon Auguste (archives de la Planète). Via Wikimedia Commons, CC0.

Entre Montmirail, Sézanne et Fère-Champenoise, le Sud-Ouest de la Marne change de visage en quelques kilomètres : plateaux boisés et bocagers, talus couvert de vignes, grande plaine ouverte, marais. Ces contrastes ne doivent rien au hasard. Ils racontent le sous-sol, l'eau et des siècles d'agriculture.

Trois grands ensembles

La Brie champenoise
À l'ouest, un plateau qui prolonge la Brie d'Île-de-France. Ses limons et ses argiles à meulière portent des sols profonds et frais, des bois nombreux, des prairies et des cultures, entaillés par les vallées du Petit et du Grand Morin.
La côte d'Île-de-France
Le rebord du plateau forme un long talus orienté vers l'est, qui domine la plaine de plusieurs dizaines de mètres. Ses pentes bien exposées portent le vignoble de la côte de Sézanne.
La Champagne crayeuse
À l'est, la grande plaine de craie, aux sols minces et filtrants, est aujourd'hui l'un des grands espaces de grandes cultures de France : céréales, betteraves, luzerne.

Au pied de la côte, entre plateau et plaine, s'étendent les marais de Saint-Gond, une zone humide qui forme un monde à part.

Le sous-sol commande

La différence entre les deux rives de la côte tient d'abord au sous-sol. Le plateau briard repose sur des formations du Tertiaire, calcaires, argiles et meulières, recouvertes de limons. L'eau y circule mal et les sols restent humides en hiver, ce qui explique les prairies, les mares, les haies et les bois. La plaine, elle, repose directement sur la craie du Crétacé, qui absorbe l'eau comme une éponge : la surface sèche vite, et les rivières sont rares.

Ce contraste a des conséquences pratiques pour ceux qui y vivent. Sur les sols argileux du plateau, les maisons peuvent être sensibles au retrait-gonflement des argiles en période de sécheresse, et l'assainissement individuel est plus difficile à réaliser. Dans la plaine, les sols très calcaires conviennent mal à certains arbres fruitiers. Notre article sur les risques naturels dans la Marne rurale détaille le premier point.

Les marais de Saint-Gond

Les marais de Saint-Gond occupent une dépression au pied de la côte, où naît le Petit Morin. Il s'agit d'une tourbière alcaline : la tourbe s'y est accumulée pendant des millénaires dans une eau riche en calcaire. Un avis du conseil scientifique régional du patrimoine naturel du Grand Est, publié en 2020, la décrit comme une « vaste zone humide de plus de 1700 ha de type tourbière plate alcaline ». Le site Natura 2000 couvre 1 744 hectares sur treize communes, et la zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type I « Les marais de Saint-Gond », plus large, 3 182 hectares.

Le site est désigné zone spéciale de conservation du réseau européen Natura 2000, sous le nom « Le Marais de Saint-Gond » (FR2100283), par un arrêté du 10 février 2016. Au cœur des marais, la réserve naturelle régionale du marais de Reuves, classée en 2008, protège environ 64 hectares. Il abrite des habitats rares, comme les bas-marais alcalins et les prairies à molinie, et une flore et une faune adaptées à ces milieux. Les marais ont été en partie drainés et mis en culture, notamment au XXe siècle, et des peupleraies y ont été plantées ; leur préservation passe aujourd'hui par la gestion de l'eau et l'entretien des milieux ouverts.

Les fouilles archéologiques ont aussi révélé une occupation humaine très ancienne autour du marais : sur les coteaux de la vallée du Petit Morin, des hypogées néolithiques, sépultures collectives creusées dans la craie, sont connus depuis le XIXe siècle. Le marais est enfin un lieu de mémoire de la bataille de la Marne de septembre 1914 : notre article sur le patrimoine du Sézannais y revient.

Une agriculture qui a façonné la plaine

La Champagne crayeuse a longtemps été un pays pauvre, de moutons et de pinèdes plantées sur les terres les plus maigres. Au XXe siècle, l'amendement des sols, la mécanisation et les engrais en ont fait une grande région de cultures. Le recensement agricole de 2020 confirme le poids de l'agriculture : la Marne est le premier département français par le nombre d'exploitations, selon l'Agreste Grand Est, et leur nombre n'y a baissé que de 6 % entre 2010 et 2020.

Ce paysage ouvert a ses fragilités : érosion des sols lors des gros orages, coulées de boue vers les villages, disparition des haies et des arbres isolés. Les programmes de replantation de haies et d'agroforesterie, soutenus par les politiques publiques, cherchent à réintroduire l'arbre dans ces espaces.

Les vergers dans le paysage

Dans la Brie comme sur la côte, les villages étaient autrefois entourés d'une ceinture de vergers et de prés, entre les maisons et les champs. Il en reste des fragments, souvent des pommiers et des poiriers haute-tige vieillissants, parfois envahis de broussailles. Ces arbres sont un élément du paysage et de la biodiversité, et une mémoire des variétés locales. Notre rubrique Vergers & variétés explique comment les reconnaître et les entretenir.

Lire un paysage sur le terrain

S'installer dans ces paysages

Choisir un village, c'est choisir un paysage, mais aussi un sol, une exposition et des risques. Le plateau, la côte et la plaine n'offrent pas le même cadre de vie : bois et bocage d'un côté, vues dégagées et grand ciel de l'autre. Notre guide Vivre dans la Marne rurale rassemble les points à vérifier avant d'acheter, de la fibre à l'assainissement.

Le meilleur moyen de lire ces paysages reste de les parcourir : depuis le rebord de la côte, par temps clair, on embrasse d'un regard la plaine, les marais et les coteaux.

Sources