Vivre dans la Marne

Argiles, crues, coulées de boue : les risques naturels dans la Marne rurale

Vivre dans la Marne · · Publié le 2026-10-25

Carte postale ancienne en noir et blanc d'une rue inondée de Châlons-sur-Marne, des habitants debout sur un seuil
La crue de la Marne à Châlons-sur-Marne en janvier 1910, carte postale. Via Wikimedia Commons, domaine public.

La Marne n'est pas un département de risques spectaculaires. Mais ses maisons anciennes, ses sols argileux, ses vallées et ses plateaux cultivés l'exposent à des aléas bien réels : fissures liées à la sécheresse, crues de rivières, coulées de boue après les orages. Les connaître avant d'acheter ou de construire évite de mauvaises surprises, et les informations sont publiques.

Le retrait-gonflement des argiles

Les sols argileux changent de volume avec leur teneur en eau : ils gonflent quand ils s'humidifient, se rétractent quand ils sèchent. Lors des sécheresses prolongées, ces mouvements peuvent provoquer des tassements différentiels sous les fondations et fissurer les murs, surtout pour les maisons individuelles aux fondations peu profondes. Ce phénomène, lent et silencieux, est devenu l'un des premiers postes d'indemnisation au titre des catastrophes naturelles en France, avec la répétition des étés secs.

Dans la Marne, l'exposition varie selon le sous-sol. Les plateaux de la Brie champenoise, aux formations argileuses, sont davantage concernés que la plaine de craie. Le site Géorisques publie une carte d'exposition qui classe chaque secteur en exposition faible, moyenne ou forte.

Les inondations

Plusieurs formes d'inondation concernent le département :

Débordement de cours d'eau
Les vallées de la Marne, de l'Aube, de la Seine, de la Vesle ou des Morin connaissent des crues, parfois longues. La crue de janvier 1910, restée célèbre à Paris, a aussi touché la vallée de la Marne.
Remontée de nappe
Dans la craie, la nappe peut remonter après des hivers très pluvieux et inonder les caves et les points bas, loin de toute rivière.
Ruissellement et coulées de boue
Sur les plateaux cultivés et les coteaux, les orages violents entraînent la terre des champs vers les villages situés en contrebas.

Les communes les plus exposées sont couvertes par un plan de prévention des risques d'inondation (PPRI), arrêté par le préfet. Son règlement peut interdire les constructions nouvelles dans les zones les plus dangereuses, ou imposer des prescriptions : niveau minimal du plancher, interdiction des sous-sols, matériaux résistants à l'eau. Le PPRI s'impose au plan local d'urbanisme.

Cavités, mouvements de terrain et autres risques

Dans la craie, d'anciennes carrières souterraines, des caves creusées ou des marnières peuvent provoquer des effondrements localisés. Sur les coteaux, des glissements de terrain sont possibles. Géorisques recense les cavités connues, mais l'inventaire n'est jamais exhaustif : dans les villages anciens, les mairies et les anciens connaissent souvent l'existence de caves ou de galeries.

D'autres informations figurent dans l'état des risques : sismicité (très faible dans la Marne), potentiel radon, présence d'installations industrielles ou de sites pollués, et, dans certains secteurs, la mémoire des munitions des deux guerres mondiales, que les travaux agricoles font encore ressortir.

Lire l'état des risques

Pour toute vente ou location d'un bien situé dans une zone couverte par un plan de prévention des risques, ou exposée à certains aléas, le vendeur ou le bailleur doit fournir un état des risques, établi depuis moins de six mois. Depuis le 1er janvier 2023, cette information doit être délivrée dès la première visite, et les annonces immobilières doivent indiquer comment y accéder.

L'état des risques mentionne aussi les sinistres ayant donné lieu à une indemnisation au titre des catastrophes naturelles pendant la période où le vendeur a été propriétaire. C'est une information précieuse : une maison déjà fissurée par une sécheresse passée mérite un examen attentif.

Avant d'acheter

Que faire si la maison se fissure ?

Les dommages liés à la sécheresse ou à une inondation ne sont indemnisés au titre des catastrophes naturelles que si un arrêté interministériel reconnaît l'état de catastrophe naturelle pour la commune et la période concernées. Il faut donc signaler le sinistre à la mairie, qui peut demander cette reconnaissance, et déclarer le sinistre à son assureur dans les délais prévus après la publication de l'arrêté. Garder des photographies datées de l'évolution des fissures facilite les démarches.

Un risque à intégrer, pas à fuir

Presque toutes les communes sont concernées par au moins un risque. L'essentiel est de le connaître et d'en tenir compte dans le prix, les travaux et l'assurance. Notre guide Vivre dans la Marne rurale replace ces questions dans l'ensemble des vérifications à faire avant d'acheter, avec le DPE, l'assainissement et la connexion internet. Et pour comprendre pourquoi les sols changent d'un village à l'autre, voir notre article sur les paysages de la Brie champenoise.

Les communes rurales disposent rarement de cartes très fines, et les phénomènes locaux, comme une source qui déborde ou un fossé qui sature, ne figurent pas toujours dans les bases nationales. Interroger les voisins reste une source d'information irremplaçable.

Sources