Circuits courts

Circuits courts : la définition officielle, et ce qu'elle ne dit pas

Circuits courts · · Publié le 2026-10-21

Étal de marché avec des paniers de tomates, de choux, de poivrons et de pommes de terre
Paniers de légumes sur un étal de marché. Photo : Ecran bleu, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

« Circuit court », « vente directe », « produit local », « du producteur au consommateur » : ces expressions sont partout, sur les marchés, dans les magasins et sur les emballages. Elles ne veulent pas dire la même chose. La seule qui ait une définition officielle en France est le circuit court, et cette définition ne parle pas de distance.

La définition officielle

En 2009, le ministère de l'Agriculture a retenu, dans le cadre d'un plan d'action pour développer ces modes de commercialisation, une définition simple : un circuit court est un mode de commercialisation des produits agricoles qui s'exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte, à condition qu'il n'y ait qu'un seul intermédiaire.

Deux familles en découlent :

Vente directe
Aucun intermédiaire : vente à la ferme, cueillette, marché, AMAP, vente en tournée ou à domicile, point de vente collectif tenu par les producteurs, vente en ligne par le producteur.
Vente indirecte à un intermédiaire
Un seul maillon entre le producteur et le consommateur : un restaurant, un commerçant détaillant, une épicerie, une cantine, un magasin de producteurs dont les producteurs ne tiennent pas eux-mêmes le comptoir.

Court ne veut pas dire local

La définition ne fixe aucune limite de distance. Un vigneron qui expédie ses bouteilles à un particulier à l'autre bout de la France vend en circuit court. À l'inverse, une pomme cueillie à dix kilomètres mais vendue via une coopérative, un grossiste puis un supermarché ne l'est pas, même si elle est locale.

La notion de « produit local » n'a pas de définition réglementaire générale. Certaines enseignes, collectivités ou marques fixent leurs propres critères : un département, une région, un rayon en kilomètres. Il faut donc lire ces mentions pour ce qu'elles sont : des engagements commerciaux, à vérifier. Pour la restauration collective publique, la loi Égalim a fixé des objectifs de produits durables et de qualité, mais sans pouvoir imposer une préférence géographique, contraire au droit des marchés publics.

Que montrent les chiffres ?

Le recensement agricole de 2020 a mesuré l'importance de ces circuits. En France métropolitaine, 23,1 % des exploitations agricoles vendent au moins une partie de leur production en circuit court, selon l'Insee et l'Agreste, le service statistique du ministère de l'Agriculture. La part varie fortement selon les productions : elle dépasse 70 % chez les apiculteurs, les horticulteurs et les producteurs de légumes, approche 30 % dans la viticulture et tombe sous 10 % dans les grandes cultures.

Les écarts régionaux sont considérables, de 42 % des exploitations en Provence-Alpes-Côte d'Azur à 16 % dans les Hauts-de-France, selon les études régionales de l'Agreste. Dans la Marne, département dominé par les céréales, les betteraves et la vigne de Champagne, une grande partie des volumes passe par les coopératives et les maisons de négoce ; mais les vignerons vendent largement en direct, et les producteurs de fruits, de légumes, de volailles ou de fromages sont nombreux à recourir à la vente directe.

Les formes de vente directe

Ce que le circuit court change pour le producteur

Pour un agriculteur, vendre en direct permet de mieux valoriser sa production, en captant la marge des intermédiaires, et d'avoir un contact avec les clients. Mais cela demande du temps, des compétences commerciales, des installations (local de vente, chambre froide, véhicule), et le respect de règles d'hygiène et d'étiquetage. Beaucoup combinent plusieurs débouchés : une partie en direct, une autre en coopérative.

La transformation à la ferme ajoute de la valeur : jus de fruits, cidre, compotes, confitures. Elle relève de règles sanitaires précises, et les boissons alcoolisées comme le cidre d'une fiscalité spécifique. Notre article sur le cidre et le jus de pomme présente les étapes de fabrication.

Ce que le circuit court change pour le consommateur

Acheter en circuit court permet de savoir qui produit, et souvent comment. Cela ne garantit pas, à lui seul, un mode de production biologique, un prix plus bas ou un meilleur bilan environnemental : un trajet individuel en voiture de vingt kilomètres pour quelques kilos de pommes peut peser plus lourd qu'un transport groupé. La question à poser reste celle de la confiance : connaître le producteur, voir l'exploitation, comprendre ses pratiques.

Comment s'y retrouver

Les marchés restent la porte d'entrée la plus simple : notre article sur les marchés et la cueillette à la ferme donne quelques repères pour s'y retrouver.

Enfin, la vente directe s'accompagne d'obligations pour le producteur : affichage des prix, indication de l'origine des produits, respect des règles d'hygiène pour les produits transformés. Ces règles protègent aussi le consommateur, qui peut demander à voir les étiquettes et les certifications revendiquées.

Sources