Cidre et jus de pomme : de la récolte à la bouteille

À l'automne, les pommes tombées, trop petites ou marquées, s'accumulent au pied des arbres. Transformées en jus ou en cidre, elles deviennent la meilleure part de la récolte. Le principe est simple, la pratique demande de la propreté et de la patience. Voici les étapes, et ce que dit la réglementation de ces deux boissons.
Des fruits mûrs, sains et variés
Un bon jus ou un bon cidre commence au verger. Les pommes doivent être mûres, voire légèrement surmûries pour le cidre, quand l'amidon s'est transformé en sucre. On écarte les fruits pourris, qui donnent des goûts désagréables et peuvent contenir des moisissures indésirables. Les fruits tombés sont acceptables s'ils sont ramassés rapidement et lavés.
L'assemblage de plusieurs variétés équilibre le sucre, l'acidité et, pour le cidre, les tanins. Notre article sur les usages des variétés de pommes explique le rôle des pommes douces, acidulées et amères.
Broyer et presser
Les pommes sont d'abord lavées, puis broyées en une pulpe grossière. Cette pulpe est pressée pour en extraire le jus, à l'aide d'un pressoir à vis, d'un pressoir hydraulique ou, dans les ateliers modernes, d'une presse à bande. Le marc, résidu de pressage, peut nourrir les animaux ou rejoindre le compost.
Pour le cidre, la pulpe repose parfois quelques heures avant le pressage : c'est le cuvage, qui laisse le jus s'oxyder et se colorer, et favorise l'extraction des arômes. Pour le jus, on presse au contraire rapidement pour limiter le brunissement.
Le jus : pasteuriser pour conserver
Un jus de pomme frais commence à fermenter en quelques jours, sous l'action des levures naturellement présentes sur les fruits. Pour le conserver, on le pasteurise : il est chauffé puis mis en bouteilles fermées hermétiquement, ce qui détruit les micro-organismes et permet de le garder plusieurs mois à température ambiante. Une fois ouverte, la bouteille se garde au froid et se consomme rapidement.
La réglementation européenne sur les jus de fruits est stricte : un « jus de fruits » est obtenu à partir de fruits sains et mûrs, sans ajout de sucres. Depuis la directive 2012/12/UE, l'ajout de sucres est interdit dans les jus de fruits ; un jus à base de concentré doit le mentionner. Le « nectar », lui, contient de l'eau et peut contenir du sucre ajouté.
Le cidre : laisser fermenter
Le cidre est une boisson obtenue par la fermentation du jus de pommes. Les levures transforment les sucres du jus en alcool et en gaz carbonique. Cette fermentation se déroule lentement, au frais, pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois.
- La clarification : en début de fermentation, un chapeau brun se forme à la surface dans certaines méthodes traditionnelles. Le jus clarifié est soutiré pour séparer les dépôts.
- Les soutirages : on transvase le cidre plusieurs fois pour éliminer les lies et ralentir la fermentation.
- La mise en bouteille : le cidre est mis en bouteilles alors qu'il contient encore un peu de sucre. La fermentation se poursuit en bouteille et produit les bulles : c'est la prise de mousse.
Plus la fermentation est menée loin, plus le cidre est sec et alcoolisé ; arrêtée plus tôt, elle donne un cidre doux. Le poiré se fabrique de la même manière avec des poires à poiré.
Ce que dit la réglementation du cidre
En France, la dénomination « cidre » est encadrée par un décret ancien, de 1953, modifié notamment en 1987, qui en fixe la définition et les pratiques autorisées. Plusieurs cidres et poirés bénéficient d'une appellation d'origine protégée ou d'une indication géographique protégée, surtout en Normandie et en Bretagne, avec des cahiers des charges qui précisent les variétés et les méthodes.
Le cidre est une boisson alcoolisée. Sa vente est soumise à des droits d'accises et à des obligations déclaratives auprès des douanes, et sa vente à des mineurs est interdite. Le cidre fabriqué pour la consommation familiale échappe aux obligations commerciales, mais un producteur qui vend son cidre, même à la ferme, doit se déclarer et respecter les règles fiscales et d'étiquetage.
- Tout le matériel doit être très propre : seaux, broyeur, pressoir, bouteilles.
- Utilisez des bouteilles conçues pour supporter la pression si vous faites un cidre pétillant : une bouteille ordinaire peut éclater.
- Pour le jus, respectez les températures et les temps de pasteurisation indiqués par le fabricant de votre matériel.
- Étiquetez et datez chaque lot.
Pressoirs partagés et prestations de pressage
Tout le monde n'a pas de pressoir. Dans de nombreuses régions, des associations, des communes ou des ateliers proposent des pressoirs partagés ou des prestations de pressage à façon : on apporte ses pommes, on repart avec son jus pasteurisé, en bouteilles ou en poches. Ces ateliers fonctionnent surtout de septembre à novembre, et il faut souvent réserver un créneau. Ils sont une bonne manière de valoriser les fruits d'un vieux verger familial.
Les producteurs qui transforment leurs fruits à la ferme vendent souvent ces jus et cidres en circuits courts, notamment dans les AMAP, où ils complètent les paniers hors saison.
Le vinaigre de cidre, un débouché ancien
Un cidre laissé au contact de l'air, à température douce, se transforme peu à peu en vinaigre sous l'action de bactéries acétiques. Ce qui est un accident pour le cidrier était autrefois une production à part entière : le vinaigre de cidre servait à la cuisine, aux conserves et aux usages domestiques. On le fabrique toujours de la même manière, en laissant un cidre sec s'acétifier dans un récipient ouvert, protégé des insectes par un linge. C'est une manière simple de valoriser un cidre qui a mal tourné, à condition qu'il soit sain.
Sources
- Directive 2001/112/CE relative aux jus de fruits, modifiée par la directive 2012/12/UE : eur-lex.europa.eu.
- Décret n° 53-978 du 30 septembre 1953 modifié relatif à l'orientation de la production cidricole et à la commercialisation des cidres, poirés et de certaines boissons similaires, modifié notamment par le décret n° 87-600 du 29 juillet 1987 ; Direction générale des entreprises (ministère de l'Économie), « Cidres et poirés » : entreprises.gouv.fr.
- Institut national de l'origine et de la qualité (INAO), cahiers des charges des AOP cidricoles.
- Direction générale des douanes et droits indirects, fiscalité des boissons alcoolisées.
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