Planter & soigner

Greffer un arbre fruitier : greffons, porte-greffes, fente et écusson

Planter & soigner · · Publié le 2026-10-23

Un écusson greffé sur une jeune tige, l'œil visible dans l'incision de l'écorce
Greffe en écusson en place. Photo : Pologo77, via Wikimedia Commons, CC0.

Presque tous les arbres fruitiers vendus en pépinière sont greffés. La greffe permet de reproduire fidèlement une variété et de choisir la vigueur de l'arbre. C'est aussi le meilleur moyen de sauver un vieux pommier de famille. Le geste demande un peu de pratique, mais il est à la portée de tout jardinier soigneux.

Pourquoi greffer ?

Semer un pépin de pomme donne un arbre nouveau, différent de ses parents. Pour obtenir un arbre identique à une variété, on prélève un fragment de rameau, le greffon, que l'on soude sur un autre arbre, le porte-greffe, qui fournira les racines. Les deux parties se soudent par leurs zones de croissance, situées juste sous l'écorce : le cambium.

La greffe sert à plusieurs usages :

Compatibilités : qui se greffe sur qui ?

On ne greffe pas n'importe quoi sur n'importe quoi. Les greffes réussissent entre espèces proches : un pommier sur un porte-greffe de pommier, un poirier sur poirier franc ou sur cognassier, un prunier sur prunier, un cerisier sur merisier. Certaines variétés de poiriers sont incompatibles avec le cognassier et demandent un intermédiaire.

Porte-greffes courants des principaux fruitiers.
EspècePorte-greffes courantsRemarque
PommierFranc, MM106, M9…Du plus vigoureux au plus faible
PoirierFranc, cognassierLe cognassier craint le calcaire
PrunierMyrobolan, prunier francLe myrobolan supporte les sols lourds
CerisierMerisier, Sainte-LucieLe Sainte-Lucie convient aux sols secs et calcaires

Prélever et conserver les greffons

Pour les greffes de printemps, les greffons se prélèvent en hiver, pendant le repos de la végétation, sur des rameaux de l'année précédente bien aoûtés, de la grosseur d'un crayon, pris sur un arbre sain et bien exposé. On les étiquette aussitôt avec le nom de la variété.

Ils se conservent au froid jusqu'au moment de greffer, enveloppés dans un sac plastique avec un peu de mousse ou de papier à peine humide, au réfrigérateur ou enterrés au nord. Le greffon doit rester en repos alors que le porte-greffe commence à se réveiller : c'est la clé de la reprise.

La greffe en fente, au printemps

La greffe en fente se pratique au printemps, quand la sève du porte-greffe monte, en général de mars à avril selon l'année. Elle convient au surgreffage d'un arbre existant comme à la greffe d'un jeune porte-greffe.

  1. Couper net le porte-greffe ou la branche à greffer, à l'endroit choisi.
  2. Fendre le porte-greffe au centre, sur quelques centimètres, avec un outil solide.
  3. Tailler la base du greffon, porteur de deux ou trois yeux, en biseau double, en lame de couteau.
  4. Insérer le greffon dans la fente en faisant coïncider son écorce avec celle du porte-greffe, d'un côté au moins : c'est le contact des cambiums qui assure la soudure.
  5. Ligaturer, puis recouvrir toutes les plaies de mastic à greffer pour éviter le dessèchement.

Sur une grosse branche, on place deux greffons, un de chaque côté de la fente : on ne gardera que le plus vigoureux s'ils reprennent tous les deux.

La greffe en écusson, en été

La greffe en écusson, ou en œil, se pratique en été, de juillet à septembre selon les espèces, quand l'écorce du porte-greffe se soulève facilement. On ne greffe qu'un œil, prélevé sur un rameau de l'année.

  1. Sur le porte-greffe, inciser l'écorce en forme de T, sans entamer le bois.
  2. Prélever sur le rameau-greffon un œil avec un fin lambeau d'écorce, en partant un peu en dessous de l'œil, et retirer le petit morceau de bois s'il y en a.
  3. Glisser l'écusson sous les deux lèvres de l'écorce soulevée.
  4. Ligaturer en laissant l'œil dégagé.

L'œil reste en sommeil jusqu'au printemps suivant. On coupe alors le porte-greffe juste au-dessus de la greffe pour que toute la sève aille vers le nouvel œil.

Les clés de la réussite

Apprendre avec d'autres

La greffe s'apprend surtout en la pratiquant à côté de quelqu'un qui sait. Les associations de sauvegarde fruitière, les vergers conservatoires et certaines communes organisent chaque printemps des ateliers ouverts au public, souvent gratuits ou à prix modique, où l'on peut greffer quelques arbres et repartir avec. Ces ateliers sont aussi un lieu d'échange de greffons de variétés anciennes : notre article sur les vergers conservatoires présente ce réseau.

Une fois greffé, le jeune arbre se plante et se forme comme les autres : voir nos articles sur la plantation et la taille.

Le surgreffage d'un vieil arbre

Un arbre adulte vigoureux, mais dont la variété déçoit, peut être transformé par surgreffage. On rabat au printemps quelques charpentières à une hauteur raisonnable, et l'on y pose deux greffons en fente ou en couronne. L'arbre garde son système racinaire, et les greffons, nourris par des racines puissantes, poussent très vite : la mise à fruit est souvent plus rapide qu'avec un jeune arbre. On étale l'opération sur deux ou trois ans en laissant à chaque fois une partie de la ramure, pour ne pas affaiblir l'arbre. C'est aussi une façon de réunir plusieurs variétés sur un même pied, ce qui règle la question de la pollinisation dans un petit jardin.

Sources