Vergers & variétés

Vergers conservatoires : à quoi servent-ils, et comment en profiter

Vergers & variétés · · Publié le 2026-10-22

Une longue rangée de pommiers au feuillage dense le long d'un chemin enherbé, à côté d'un champ
Verger de pommiers à Berthouville (Eure). Photo : Stanzilla, via Wikimedia Commons, domaine public.

Des milliers de variétés de pommes, de poires, de prunes ou de cerises ont été sélectionnées en France au fil des siècles. Beaucoup ont disparu des catalogues des pépinières, mais pas toutes des vergers. Les vergers conservatoires sont là pour les garder vivantes, les décrire et les rendre à nouveau disponibles. Voici comment ils fonctionnent, et comment chacun peut y contribuer.

Conserver une variété, c'est conserver un arbre

Une variété fruitière ne se reproduit pas fidèlement par semis. Le pépin d'une pomme Reinette grise du Canada donne un arbre nouveau, différent de ses parents, parce que la pomme est issue d'une fécondation croisée. Pour conserver une variété, il faut donc la multiplier par voie végétative, presque toujours par greffe, à partir d'un arbre existant.

Cela a une conséquence simple : quand le dernier arbre d'une variété meurt sans avoir été greffé, la variété disparaît. Les vergers conservatoires sont des collections vivantes qui empêchent ces disparitions. Chaque variété y est représentée par un ou plusieurs arbres, identifiés, étiquetés et décrits.

Trois niveaux de conservation

Les collections nationales
L'INRAE gère des collections de référence d'espèces fruitières, dont celles de son centre de ressources biologiques près d'Angers, qui rassemble pommiers et poiriers du monde entier. Elles servent à la recherche et à l'amélioration variétale.
Les conservatoires régionaux
Des conservatoires portés par des collectivités, des parcs naturels régionaux ou des associations rassemblent les variétés d'une région, après des années d'inventaire dans les villages. Ils diffusent ensuite des greffons et des arbres.
Les vergers associatifs et communaux
Partout en France, des associations, des communes et des écoles plantent des vergers de sauvegarde de quelques dizaines d'arbres. C'est l'échelon le plus proche du public.

À ces trois niveaux s'ajoutent les particuliers : un vieux pommier au fond d'un jardin est, sans le savoir, un conservatoire d'une seule variété. Une grande partie de la diversité fruitière a été retrouvée ainsi, chez des habitants qui avaient gardé les arbres de leurs grands-parents.

Le rôle des associations

Le mouvement associatif a joué un rôle décisif. L'association des Croqueurs de pommes, née à la fin des années 1970 dans l'est de la France, s'est donné pour but de sauvegarder les variétés fruitières régionales en voie de disparition. Elle compte aujourd'hui de nombreuses sections locales, qui organisent des inventaires, des expositions pomologiques, des ateliers de greffe et de taille, et entretiennent des vergers de sauvegarde. En Champagne, l'association locale de l'Aube porte le nom du pomologue troyen Charles Baltet.

Ces associations accomplissent un travail patient : repérer les vieux arbres, récolter et décrire les fruits, comparer avec les descriptions des pomologies anciennes, puis greffer les variétés retrouvées dans un verger collectif. Elles transmettent aussi des savoir-faire qui se perdaient.

Ce qu'on apprend dans un verger conservatoire

Visiter un verger conservatoire, c'est découvrir la diversité réelle des fruits : des pommes rondes ou à côtes, lisses ou rugueuses, sucrées, acidulées ou amères, précoces ou tardives. C'est aussi un excellent moyen de choisir des variétés avant de planter, en observant leur comportement sur place.

Beaucoup de vergers conservatoires sont ouverts librement ou lors de journées organisées : fête des fruits à l'automne, démonstrations de greffe au printemps. Les communes, les offices de tourisme et les associations locales en publient les dates.

Participer, près de chez soi

Il existe de nombreuses manières de contribuer à la sauvegarde, sans être spécialiste :

En pratique

Si un vieil arbre doit être abattu (construction, maladie, chute), prélevez des greffons en hiver, entre décembre et février, avant de le couper. Conservés au frais dans un sac humide, ils pourront être greffés au printemps sur un porte-greffe : la variété sera sauvée.

Variétés anciennes et variétés modernes

Conserver les variétés anciennes ne signifie pas rejeter les variétés modernes. Les sélectionneurs d'aujourd'hui puisent justement dans les collections pour créer des variétés résistantes aux maladies, comme la tavelure, afin de réduire l'usage des traitements. Les ressources génétiques conservées dans les vergers sont un réservoir pour l'agriculture de demain, notamment face aux sécheresses, aux printemps plus précoces et aux nouveaux ravageurs.

Pour le jardinier, le meilleur choix associe souvent les deux : des variétés anciennes adaptées au terroir, et quelques variétés récentes peu sensibles aux maladies. Notre article sur les variétés de la Brie champenoise présente quelques pommes que l'on rencontre dans les vieux vergers de la région.

Les vergers conservatoires rendent enfin un service moins visible : ils gardent la mémoire des usages. Les fiches qui accompagnent chaque variété notent souvent sa destination traditionnelle, à couteau, à cuire, à cidre, son comportement au fruitier et les noms locaux sous lesquels on la connaissait.

Sources